Sarah Coulouma

ATER Aix-Marseille Université

Département des Etudes Asiatiques, section de Chinois.
CV_S.Coulouma

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Domaines scientifiques
Ethno-histoire
Anthropologie

Thématiques de recherche
Anthropologie de la Chine et des populations montagnardes d’Asie du Sud-Est ; Wa (paraok) ; nationalités minoritaires (Chine) ; Paraok (Wa) ; tourisme ; patrimonialisation ; espace social ; dynamiques identitaires ; représentations des altérités ; savoir-faire technique du tissage

Titre de la thèse
Une ethno-histoire des Wa-Paraok de Wengding (Yunnan, Chine) : pratiques, représentations et espace social face au tourisme
Sous la direction de Chantal Zheng.
Thèse soutenue le 7 décembre 2018.

Langues
Français, anglais, chinois

Parcours
La Licence que j’ai suivie à Aix-Marseille Université en Langue, Littérature et Civilisation Etrangère, spécialité Chinois, avec une mineure en anthropologie, et mes différents voyages et expériences sur le territoire chinois m’ont amené à m’intéresser aux nationalités minoritaires (少数民族 shaoshu minzu) de République populaire de Chine. Juste après l’obtention de ma Licence, j’ai pu, grâce à une bourse d’études d’un mois, découvrir la province du Yunnan et quelques uns des groupes ethniques qui la peuplent. Pour mon travail de recherche dans le cadre d’un Master Aire culturelle asiatique à Aix-Marseille Université (2008-2010), j’ai analysé un parc touristique tout à fait original : le Village ethnique du Yunnan (云南民族村 Yunnan minzu cun). Son étude a révélé les enjeux socio-culturels qu’une telle structure génère en République populaire de Chine, et m’a permis d’appréhender des notions telles que l’authenticité, la protection des patrimoines et des traditions, leurs perpétuelles réinventions, et les représentations identitaires des Han et des autres nationalités officiellement reconnues par le gouvernement de RPC. Pour réaliser l’enquête de terrain que nécessitait cette recherche, j’ai obtenu une bourse du gouvernement chinois afin de suivre un Master recherche en Gestion touristique à l’Université du Yunnan (2009-2012). Si pendant la première année de ce Master suivi à Kunming, j’ai focalisé mes recherches sur l’analyse du Village ethnique du Yunnan, les deux années suivantes passées dans l’université chinoise m’ont permis d’acquérir des connaissances plus approfondies sur la gestion des projets touristiques en Chine. Le nouveau travail de recherche réalisé dans ce cadre m’a fait entrevoir la multiplicité des pratiques touristiques chinoises et des initiatives de développement d’un « tourisme durable » (可持续旅游 kechixu lüyou) dans le Yunnan. Par ailleurs, ces recherches m’ont aussi amenée à réfléchir aux pratiques de sauvegarde des patrimoines, et aux concepts de patrimoine et d’héritage mêmes. Dans la continuité de ces deux travaux académiques très complémentaires, le sujet que j’ai choisi d’étudier dans le cadre de mon doctorat d’histoire est aux confluences de ces différentes problématiques.

Résumé de thèse
Depuis le début du XXIe siècle, la province chinoise du Yunnan mise sur le développement du tourisme pour accélérer sa croissance économique. Son territoire est habité par une grande diversité de populations : parmi les 55 nationalités minoritaires (shaoshu minzu 少数民族) officiellement reconnues par la République populaire de Chine, 25 y sont présentes. En s’appuyant sur l’attrait que représentent ces populations et leurs pratiques culturelles pour les touristes nationaux et internationaux, les autorités provinciales encouragent le développement d’un tourisme culturel et « ethnique ».
Dans le district de Cangyuan, situé à quelques kilomètres de la frontière birmane, le village de Wengding (翁丁), habité par des Wa-Parauk, est qualifié par les agences de voyage et les services gouvernementaux locaux et régionaux de « dernière tribu primitive de Chine (zongguo zuihou yuanshi buluo 中国最后原始部落) ». Cible d’un projet de développement touristique depuis 2004, le village a été progressivement aménagé pour répondre aux attentes des touristes et préserver le « patrimoine culturel Wa  (wazu wenhua yichan 佤族文化遗产) ».
Cette thèse porte sur les réactions de la communauté villageoise de Wengding face au développement du tourisme. Fondée sur sept mois d’enquête ethnographique conduite dans ce village entre 2013 et 2017, ce travail se construit en plusieurs axes et s’appuie sur différentes méthodologies afin d’analyser les processus de changements sociaux et culturels qui caractérisent et construisent ce groupe social.
Premièrement, l’analyse de l’organisation sociale et spatiale du village, du mythe d’origine local, des représentations cosmologiques et des pratiques rituelles locales montre que les relations que les villageois entretiennent avec leur territoire et leur environnement participent au maintien du village et de la société villageoise.
Ensuite, des reconfigurations générées par le développement de l’activité touristique à Wengding dans le quotidien des villageois ont pu être identifiées. Résultantes de la mise en tourisme de leur espace de vie, mais aussi de la mise en scène et de la marchandisation de pratiques culturelles – tel le tissage – ou rituelles, ces reconfigurations, pour la plupart impulsées par des acteurs extérieurs au village, sont révélatrices des caractéristiques des politiques patrimoniales nationales et régionales à l’égard des nationalités minoritaires et plus particulièrement des Wa. L’ethnogenèse et l’histoire de ce groupe éclairent alors la compréhension des relations inter et trans- ethniques qui ont modelées au cours des siècles les représentations et les rapports qu’entretiennent les Han, la majorité chinoise, avec cette population à la marge, et ainsi de questionner le façonnage des identités et des altérités.
Enfin, ces reconfigurations – continuités, modulations ou ruptures identifiées dans les pratiques et les représentations des individus composant la société villageoise de Wengding –  reflètent avant tout leur propre capacité de réaction. Les villageois, en plus d’être acteurs au sein de leur communauté villageoise, sont aussi acteurs devant les touristes (et donc face à une autre communauté) : ils réinventent, s’approprient, excluent ou incluent, sont résilients et résistants. Ils façonnent chaque jour des manières d’être au monde et d’être dans le monde, souvent partagés entre l’héritage et la transmission de valeurs et de pratiques ancrées localement, et le souhait de modernité et d’adaptation à la société chinoise contemporaine.