13/11/2020

08 novembre 2020 par Louise Pichard-Bertaux
Philippe Peycam, directeur de l’International Institute for Asian Studies (IIAS), Leyde, Pays-Bas

Angkor comme Site du Patrimoine Mondial de l’Unesco : un modèle à reproduire ?

Séance en visio à 14h : connexion

Cette présentation s’intéresse tout particulièrement au modèle d’organisation des Sites du Patrimoine Mondial (SPM), tels qu’ils existent depuis la Convention de 1972 de l’Unesco. Il s’inscrit dans une réflexion ayant donné lieu ces dernières années à de nombreuses publications portant sur les questions de patrimoine plus spécialement liées aux politiques des États et à la structure la plus connue qui en émane, l’Unesco. Beaucoup de ces articles s’intéressent à l’Unesco et aux SPM en tant que constructions (juridiques, politiques, économiques, culturelles), alors que d’autres se concentrent sur des cas concrets de SPM, notamment en Asie, comme les sites d’Angkor, de Borobudur, de Luang Prabang, de Huê, de Melacca, de Penang, etc., si l’on s’en tient à la région d’Asie du Sud-Est.

Je présenterai ici, de manière non-exhaustive, le cas d’Angkor au Cambodge, SPM établi dans le sillage des Accords de Paris (1992). De par sa position géographique dans un des pays ayant durablement souffert des conséquences de la Guerre Froide, de par aussi sa qualité évocatrice dans les cultures populaires, non seulement cambodgienne mais aussi thai, française, japonaise, américaine, indienne, etc., de par encore son échelle en tant qu’une des plus larges concentrations archéologiques et monumentales d’Asie, Angkor représente un cas d’école pour l’interprétation des politiques patrimoniales, publiques et privées, dans le monde.

Avec le SPM d’Angkor, c’est la construction géo-politico-patrimoniale qui a été engagée depuis 1993, avec le soutien de l’Unesco et d’un certain nombre de pays membres, qui retiendra mon attention. Cette construction repose notamment sur la création de deux structures: le Comité International de Coordination pour la Sauvegarde du Site d’Angkor (CIC-Angkor), et l’Autorité pour la Protection du Site et l’Aménagement de la région d’Angkor (APSARA).

Ma réflexion est celle d’un témoin-chercheur. Sans être spécialiste du droit international ni expert en matière patrimoniale, j’aborde le sujet en tant qu’historien des cultures politiques en Asie du Sud-Est, ayant été, de 1999 à 2009, acteur sur la scène d’Angkor comme directeur-fondateur d’un institut académique et de société civile basé à Siem Reap (près d’Angkor), le Centre d’Etudes Khmères. Pendant cette période, j’ai pu observer l’évolution de la gestion patrimoniale d’Angkor et l’action de certains acteurs parties prenantes: l’Unesco, les représentants d’Etats étrangers, les autorités cambodgiennes. Le CIC, avec ses deux co-présidents, les représentants de la France et du Japon, et son Secrétariat, hypothétiquement indépendant, géré par l’Unesco, fut institué en 1993 avec l’ambition de coordonner les différents efforts internationaux de conservation et de mise en valeur du site d’Angkor. Il fut aussi pensé comme l’interlocuteur de la communauté internationale auprès des autorités cambodgiennes, et en particulier d’une structure créée à cet effet, l’APSARA.

Cette présentation tentera de tracer succinctement les origines du CIC avant d’essayer de décrire un certain nombre de projets de coopération des états membres, notamment français et japonais, mais aussi indiens et américains -- ceux que je connais le mieux pour la période concernée. Les questions que ma présentation permettra, j’espère, de soulever sont les suivantes: peut-on considérer que la sauvegarde d’Angkor et de son site puisse être pérennisée dans ce cadre institutionnel si, notamment, les populations locales demeurent à ce point exclues de ses mécanismes ? Au-delà des discours d’autolégitimation de l’Unesco et des Etats soutenant le modèle du CIC-Angkor (et d’APSARA), est-ce que le cas d’Angkor peut être considéré comme un exemple de coopération internationale pouvant être reproduit dans d’autres contextes patrimoniaux ?

 Brève biographie:

Philippe Peycam est historien ; en sa qualité de professeur invité il occupe la chaire ‘Asia in Global Contexts’ (Leiden Institute for Area Studies) à l’Université de Leyde (Pays-Bas) ; il est aussi directeur de l’International Institute for Asian Studies (IIAS), Leyde. Il a été chercheur associé à l’United States Institute of Peace, Washington DC (2010-2012) et est toujours affilié à l’Institute of Southeast Asian Studies de Singapour, en tant que Visiting Research Fellow. Il a travaillé pendant 10 ans (1999-2009) comme fondateur-directeur du Center for Khmer Studies, une organisation hybride académique et de développement local, à la fois internationale et Cambodgienne.

Philippe Peycam est l’auteur des deux ouvrages suivants: The Birth of Vietnamese Political Journalism: Saigon 1916-30, Columbia University Press (2012), et Cultural Renewal in Cambodia: Academic Activism in the Neoliberal Era, Brill Press (2020). Il est co-éditeur d’un autre ouvrage recent, intitulé Heritage as Aid and Diplomacy in Asia, Philippe Peycam, Shu-Li Wang, Hui Yew-Foong, Hsin-Huang Michael Hsiao (eds), Institute of Southeast Asian Studies (ISEAS), Yusof Ishak Institute, International Institute for Asian Studies (IIAS) and Institute of Sociology, Academia Sinica, 2020, où il signe un des chapitres : “The International Coordinating Committee for Angkor: A World Heritage Site as an Arena of Competition, Connivance and State(s) Legitimation”.

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